L'historique de l'AFE

Les Fanfares d'Eglise...
...des origines à nos jours

(1ère ébauche)

Fanfare d'église / Posaunenchor / les origines du mot « Posaunenchor »

Michael Praetorius (fin 16ème - début 17ème), qui était fils de pasteur luthérien, est le premier à utiliser le terme « Posaunenchor » dans son encyclopédie Syntagma Musicum.

Dans cette encyclopédie, Praetorius réalise une étude sur les différentes formes musicales existantes ou ayant existées et y note l'usage des trombones (dont certains modèles évoqués n'existent plus), sous la forme d'un chœur semblable à nos chœurs d'église. Il note également que les trombones sont parfaits pour l'accompagnement des voix.

Les ensembles de trombones étaient donc une formation instrumentale indépendante avec, parfois, l'usage de flûtes à becs pour les parties les plus aigues.
Ensembles de trombones, donc également ensembles de trompettes. Pour ces ensembles, les parties graves étaient assurées par les timbales.
Les trombones et les trompettes ne se mélangeaient donc quasiment pas et Praetorius suggérait, s'il fallait utiliser des trompettes, de les placer à l'extérieur de l'église !

Dans les années 1800, avec le perfectionnement des instruments (invention des pistons), les orchestres d'harmonie prennent leur essor en Europe et en parallèle, les ensembles de cuivres qui dorénavant mélangeront les trompettes et les trombones, avec, parfois, les instruments de la famille du cor, de facture plus conique que les trompettes ou les trombones (bugles et barytons) et donc avec des sonorités plus douces.
En Allemagne, ces ensembles de cuivres se distinguaient particulièrement des orchestres d'harmonies et se produisaient le plus souvent dans les églises et dans un répertoire plus propice à la participation musicale dans le culte.
C'est en souvenir des origines de la musique de cuivres dans les églises, et donc en souvenirs des chœurs de trombone, que le terme Posaunenchor est resté et a été adopté pour décrire ces ensembles de cuivres d'église.

L'Allemagne, certes, mais ailleurs, que se passe-t-il ?
Ce n'est qu'en Angleterre que l'on trouvera également ces ensembles de cuivres d'église avec la dénomination « Brass Band ». Cette formation musicale avec une dimension d'église n'était par contre présente qu'au sein l'Armée du Salut.

Les premières fanfares d'église en Allemagne

C'est au 18ème siècle que l'on trouvera trace du premier Posaunenchor dans la communauté piétiste des frères Herrnhuter.
En 1766, 5 « bourgeois » et passionnés de musiques de la ville de Walddorf achètent un jeu complet de trombones et les offrent à la paroisse (tout en payant les cours de musique à ceux qui le souhaitaient).
En 1817, les fanfares d'églises se voient attribués une charte comportant 46 points différents afin de, je cite : « magnifier le nom de Dieu ainsi que soi-même dans la pratique de la musique tout en encourageant les autres à rejoindre les rangs d'une fanfare d'église ».
Les partitions les plus anciennes écrites spécifiquement pour Posaunenchor que l'on ait retrouvées sont datées de 1821.
C'est en 1843 que la première fanfare d'église telle qu'on les connaît actuellement fut créée à Jöllenbeck, en Westphalie.

Johannes Kuhlo

C'est à partir de la Westphalie que les fanfares d'églises se sont propagées à travers toute l'Allemagne en se fédérant avec l'équivalent allemand du mouvement de jeunesse bien connu chez nous : les UCJG et ce, grâce au pasteur Eduard Kuhlo et surtout, grâce à son fils, Johannes Kuhlo.
Il est à noter qu'en ce temps là, seuls les hommes étaient admis au sein des UCJG !
Les fanfares d'églises sont dès lors reconnues comme une pratique musicale de l'église à part entière au même titre que les chorales ou que l'orgue.
Johannes Kuhlo avait une obsession : se rapprocher le plus possible, avec des instruments de cuivre, de la sonorité de la voix humaine en favorisant donc les instruments plus doux tels que les cors ou les barytons, mais également une invention de Kuhlo : Le Kuhlo Horn, instrument hybride entre la trompette et le cor.
Kuhlo aura également été le premier à éditer des partitions spécialement écrites pour les fanfares d'église.

A l'aube de la 2ème guerre mondiale, les fanfares sont obligées de quitter le mouvement de jeunesse chrétienne et se rallient au sein de l'association des fanfares d'église protestante d'Allemagne « Verband evangelischer Posaunenchöre Deutschlands ».

Ce n'est qu'après le décès de Kuhlo (et après 1945) que tous les instruments de la famille des cuivres furent à nouveau tolérés au sein des fanfares. A cette époque également, les fanfares pouvaient de nouveau, si elles le souhaitaient, se rattacher au mouvement de jeunesse chrétienne.

Aujourd'hui, toutes les fanfares font parti de l'EPiD (Evangelischen Posaunendienst in Deutschland).
Regroupées en associations sur 29 secteurs géographiques, on compte actuellement dans les 7000 fanfares pour à peu près 100000 musiciens !
A noter, en 2008, l'EPiD a organisé le premier grand rassemblement depuis plus de 50 ans de toutes les fanfares d'églises d'Allemagne. Ce ne sont pas moins de 16000 musiciens qui se sont retrouvés dans le grand stade de Leipzig pour un culte, créant ainsi l'espace d'un moment la plus grande fanfare d'église du monde, inscrite du coup dans le livre des records !
Les responsables des différents secteurs géographiques sont tous des musiciens professionnels ayant bénéficié, entre autre, d'un cursus spécial au sein des Hochschule für Musik, l'équivalent de notre conservatoire national supérieur de Paris ou de Lyon.

Les fanfares d'église en Alsace

La première fanfare d'église en alsace a été créée aux alentours de 1885 à Strasbourg, rue des Franc-bourgeois. L'alsace faisait alors partie de l'Allemagne !
Une anecdote raconte que, comme leur musique était trop bruyante, les quelques musiciens, dont certains étaient militaires, durent déménager et s'installer rue de Brumath, près du cimetière.
Un soir, après une répétition, regagnant leur caserne, les militaires ne purent s'empêcher de souffler dans leurs instruments en pleine rue, ce qui leur valu des réclamations aboutissant à la dissolution de la fanfare.
Par la suite, en 1895, il y eut une fanfare d'église rue du Fossé des Treize, là où se trouve l'actuel CIARUS.

D'après les infos que j'ai, la plus ancienne fanfare encore existante à ce jour est celle de Neuwiller-lès-Saverne, créée avant la première guerre mondiale, en 1907.

Il ne reste que peu de trace de l'évolution des fanfares d'église en alsace mais il semblerait qu'entre les 2 guerres, l'alsace étant redevenu française, il existait près de 40 fanfares dans notre région et c'est essentiellement à cette époque que sont nées les fanfares d'églises qui subsistent encore actuellement comme par exemple
- Westhoffen en 1926
- Neudorf en 1928 (fanfare qui n'existe plus)
A propos de la fanfare de Neudorf, celle-ci aura été à l'origine d'un groupe de Jazz New Orléans connu et reconnu de manière internationale, les Célestins, dont les membres fondateurs (les frères Isenmann) faisaient parti de la fanfare.

Arrive la 2ème guerre mondiale pendant laquelle l'activité des fanfares aura quasiment cessée, les hommes étant sur le front et les instruments (tout comme les cloches de certaines églises) étaient réquisitionnés et fondus pour être reconvertis en armes ou en munitions. Certains instruments furent également volés par les GI américains !

Avec la pénurie et le manque de personnes compétentes pouvant enseigner les instruments, la reprise des fanfares aura donc été des plus difficiles mais, petit à petit, des groupes se reformaient et les fanfares renaissaient par ci par là.
A force de persévérance, les fanfares renaissent donc de leurs cendres et de belle manière puisqu'en 1956, à l'occasion d'un grand rassemblement au Wacken, on pouvait se réjouir de découvrir 50000 personnes venues là pour écouter les fanfares fortes de 100 musiciens présents !
Les fanfares de l'époque :
- Bust
- Kutzenhausen
- Neuwiller-lès-Saverne
- Volksberg
- Westhoffen
- Neudorf
Et j'en oublie peut-être!

Peter Schmutz, un pasteur musicien

Nous sommes en 1960. Cette année là, les responsables des EUL organisent la désormais traditionnelle fête de la jeunesse (Jugendtag) à Niederbronn et demandent à un jeune pasteur de 22 ans, trompettiste autodidacte et fraichement installé dans la paroisse de Lichtenberg, de prendre en main les fanfares chargées n'animer cette fête.
Cette initiative des EUL aura été décisive dans l'évolution des fanfares et leur existence actuelle.
Ce jeune pasteur, Peter Schmutz, a eu ce jour là un déclic et il s'engagea corps et âmes dans le travail pour et avec les fanfares.
Il ira faire des stages en Allemagne organisés par les Posaunenchöre du pays de Bade, stages sanctionnés par un examen final permettant de poursuivre vers le stage suivant.

Fort de cette expérience, Peter Schmutz organisa le premier stage de formation pour musiciens des fanfares en alsace. Il parcourait également le département, se rendant dans les fanfares pour les faire travailler ou les aider à préparer l'un ou l'autre concert. Ce fut également l'occasion pour les fanfares de découvrir d'autres styles de musique à une époque où le répertoire de Johannes Kuhlo était encore la seule musique jouée !

Grâce à l'enthousiasme de Peter Schmutz, d'autres responsables de fanfares le suivirent en Allemagne pour, à leur tour, se former et acquérir une solide formation technique.

L'Association des Fanfares d'Eglise

C'est en 1973, lors d'une réunion des délégués des différentes fanfares à Neudorf que fut créée l'Association des Fanfares d'Eglise afin de favoriser la collaboration entre les différentes fanfares et permettre la réalisation de rassemblement plus nombreux (entres-autres à l'occasion des rassemblements protestants, des différents CAP ou, par exemple lors de l'installation du Président Appel)
Avec le soutient de l'association, Peter Schmutz multiplie les initiatives de stages de formations en alsace mais... Peter Schmutz, rappelons-le, était pasteur en paroisse... et cette tâche devient vite une charge importante au risque de ne plus pouvoir s'occuper correctement de ses paroissiens !
Lui vient alors une idée assez folle pour l'époque : et si l'Eglise pouvait engager une personne chargée de s'occuper de la musique d'église à plein temps (autant les fanfares que les chœurs d'église) ?

Alfred Neumann, un boulanger qui devient animateur musical

Engager un musicien chargé de l'animation des fanfares d'église et des chœurs d'église, une très bonne idée certes, mais... qui engager ?
Nous sommes en 1977 à Volksberg. La fanfare y est dirigée par un jeune boulanger, Alfred Neumann.
Alfred est entrain de terminer de construire sa maison, il vient tout juste de se marier et a une bonne place de boulanger.
Et pourtant, malgré tout cela, il se porte volontaire pour quitter son travail et bénéficier d'une formation accélérée pendant 2 années à la Landerskirchenmusikschuhle d'Herford et ce, grâce à une bourse d'étude de 2 ans que lui octroie la Fédération Luthérienne Mondiale.
Après quelques tractations, l'Union d'Entraide accepte enfin de payer le salaire du premier « Kantor » de notre église, probablement depuis la Réforme ! Alfred Fut installé dans ses fonctions en juillet 1980. Le premier Service Musique de notre église était né mais avec un travail exclusivement tourné vers l'Association des Fanfares d'Eglise et l'Association des Chœurs d'Eglise.
Il sera à l'initiative de nombreux stages de formation, de rassemblements de fanfares, de camps de vacances musicaux, de rencontres et de stages avec les fanfares d'Allemagne sans oublier les fameux camps-vélos ou autres camps franco-allemands !

Un pointage des fanfares d'églises réalisé en 1987 fait état de l'existence de 12 fanfares dans notre région : Betschdorf, Bust, Dorlisheim, Eschbourg, Kutzenhausen, Lichtenberg (avec un ensemble de cors des alpes), Neudorf, Neuwiller-lès-Saverne, Schillersdorf, Steinseltz, Volksberg et Westhoffen.
Les fanfares les plus récentes étant celle de Dorlisheim, créée en 1978 par le pasteur Thomas Wild, fanfare qui n'existe plus actuellement et celle de Steinseltz, créée en 1981.

Les fanfares d'église aujourd'hui

De ces 12 fanfares, il n'en subsiste aujourd'hui plus que 5 : Bust avec de temps en temps un musicien d'Eschbourg, Lichtenberg, Neuwiller-lès-Saverne avec quelques musiciens de Schillersdorf, Steinseltz et Westhoffen.
En 1995, Alfred Neumann sera victime d'un accident vasculaire cérébral et après une longue convalescence, une reprise tant bien que mal de son travail secondé par Lionel Haas, c'est à l'occasion de la refonte totale des Services de notre église, en 2005, qu'il fera valoir ses droits à la retraite. Il continue néanmoins à être actif dans le milieu des fanfares s'occupant inlassablement de la fanfare de Lichtenberg et de son groupe de cors des alpes : les Vents du Nord.

C'est donc en 1995 que l'Union d'Entraide de notre église accorde à Lionel Haas un ¼ temps pour, dans un premier temps, assurer la suite du travail d'Alfred, puis dans un 2ème temps, le seconder dans sa tâche.

En 2005 et avec l'arrivée du nouveau Président de notre église, Jean François Collange, une nouvelle politique des Services est mise en place au Quai St. Thomas avec une volonté clairement affichée de n'avoir, comme seuls acteurs principaux, des Services d'église et non plus des associations, celles-ci devenant des partenaires occasionnels.

Lionel Haas conservera son ¼ temps auprès du Service Musique mais avec une mission essentiellement dirigée vers des actions de formation menées en direction des chœurs d'église, des organistes, plus globalement des musiciens et acteurs musicaux en paroisse, des pasteurs et des catéchètes et la prise en charge de rassemblements divers (tel que les rassemblements de chorales, le grand rassemblement Protestants en Fête au Zénith ou plus récemment, le culte à l'occasion de la rencontre missionnaire de Sarralbe).

Et les fanfares me direz-vous ?

Lionel Haas continu de s'en occuper dans la mesure de ses disponibilités et donc, on pourrait dire : comme il peut et surtout quand il le peut en organisant quelques concerts en essayant de regrouper les quelques 40 musiciens qui existent encore.
Livrées plus ou moins à elles-mêmes, les fanfares tentent de survivre dans un monde où il est de plus en plus difficile de fidéliser des jeunes devant quitter leur village pour leurs études ou ayant tout simplement tellement d'opportunités de loisirs que, la fanfare d'église ne représente pas forcément un attrait premier.

Les fanfares dans le monde

Les fanfares d'églises sont donc essentiellement présentes en Allemagne mais également dans d'autres pays comme l'Angleterre (Armée du Salut), le Ghana (sous l'influence des anglais), et en Belgique.
A côté du Ghana, on trouve le Togo où les fanfares d'églises sont très présentes. En 1986, un échange entre les fanfares d'églises du Togo et les fanfares d'église d'alsace a été entrepris à l'initiative du responsable des fanfares togolaises.
Après avoir accueilli les togolais en alsace, un groupe d'alsacien est allé passer 3 semaines au Togo et y vivre un séjour musical riche en rencontres et découvertes. La ferveur africaine n'est pas un vainc mot et cette ferveur, on pouvait la constater dans tous les villages que nous avons traversés et d'autant plus au sein des fanfares d'églises qui, souvent, ne disposent que d'un instrument pour trois musiciens !
Enfin, même si entre les deux guerres, quelques fanfares existaient à Metz et dans le Haut-Rhin, la seule fanfare existante ailleurs en France, à ma connaissance, se trouve dans le midi. Cette fanfare a été créée par un couple d'allemands venus s'y installer.

Quel avenir pour nos fanfares ?

Une fanfare se créée dans le midi de la France, nos fanfares d'églises quand à elles se battent pour survivre...
Malgré les efforts de certains (notamment à Bust, Westhoffen et Steinseltz) pour former des jeunes, force est de constater qu'il est de plus en plus difficile d'assurer l'avenir de nos fanfares tant les villages se désertent de leurs ados partant pour leurs études.
On aurait pu éventuellement se dire qu'il s'agit d'un souci de style musical peut-être « vieux jeu » mais là encore, les fanfares ont su évoluer et on peut affirmer qu'il n'y a aucun style musical que nos fanfares ne puissent interpréter.
Les fanfares d'église vouées à une mort certaine ? Je ne le pense pas.
Après-tout, il suffit de 4 personnes (2 trompettes et 2 trombones) pour « faire » une fanfare !
La bonne volonté d'une seule personne (un pasteur ou un paroissien) jouant déjà d'un instrument de cuivres et lançant un appel à d'autres musiciens, ne serait-ce que ponctuellement pour animer un culte en plein air ou une célébration à l'église, suffit pour que l'esprit des fanfares perdure !
En alsace, nous avons une richesse musicale énorme en termes d'écoles de musiques et donc de musiciens... le seul frein serait-il donc l'aspect spirituel ? Ceci est un vaste débat qui, au final, dépasse de loin la seule problématique des fanfares d'église !...
Faudra-t-il élargir nos fanfares et accepter tout type d'instruments disponibles dans une paroisse pour que, si ce n'est une fanfare au sens stricte du terme, au moins un ensemble instrumental voit le jour et permette d'apporter une richesse supplémentaire à l'embellissement du culte et à l'accompagnement du chant ? Là encore, c'est un vaste débat qui touche plus à la vitalité d'une paroisse qu'aux fanfares d'églises proprement dites.
Gageons que d'ici dix ou vingt ans, je puisse encore témoigner des fanfares d'église non pas uniquement au travers de cette présentation mais bel et bien avec des musiciens convaincus et prêts à témoigner de l'amour de Dieu au travers de leur musique !


Lionel Haas

 

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